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Les développements géopolitiques actuels en Europe – et au-delà – font penser à la période d’avant 1914 qui, insensiblement, comme décrite par Christopher Clark dans son livre « Les Somnambules », allait déboucher sur une débâcle planétaire. Elle était l’aboutissement d’une longue période de « mondialisation » initiée par la révolution industrielle du 19ème siècle et abondée par les rivalités entre les empires (coloniaux) européens. Le monde et en particulier l’Europe ne s’en relèveront qu’après la deuxième guerre mondiale ayant engendré dans l’intervalle des destructions, des souffrances et pertes en vies humaines sans précédent ainsi qu’un bouleversement irréversible des rapports de force entre grandes puissances.

Tout en reconnaissant les différences entre la mondialisation d’avant 1914 et celle prévalant aujourd’hui, il convient néanmoins de prendre acte des nombreuses similitudes et d’en tirer les leçons qui s’imposent.

Ainsi, les transformations de la société tant dans les domaines de l’innovation, de la circulation de l’information, de la démographie, du changement climatique que dans la finance ou de la répartition des richesses, etc., sont comparables – mais sur une plus vaste échelle – à celles vécues au 19ème siècle. Sauf que, les mutations (progrès ?) engendrées et leur dissémination sont sensiblement plus rapides aujourd’hui et provoquent une exacerbation des distorsions et des inégalités entre – et au sein – des populations du globe.

Si au niveau planétaire on peut se féliciter des incontestables progrès réalisés dans la lutte contre la pauvreté ainsi que d’une extension progressive – mais très inégale – des droits de l’homme et de la démocratie, ce constat ne peut occulter l’impact extrêmement négatif de la mondialisation sur des franges entières de certaines populations qui le subissent comme une injustice. Cela se manifeste, notamment, dans les économies développées qui ont construit patiemment des systèmes de protection sociale considérés aujourd’hui comme des « droits » mais dont le financement n’est plus assuré car l’explosion des inégalités a simultanément augmenté le nombre de bénéficiaires et fortement réduit l’assiette des prélèvements.

Cette situation engendre, à son tour, des tensions politiques, économiques et sociales qui sont exploitées sans vergogne par des mouvements nationalistes prônant le repli sur soi, la haine de l’autre et l’espoir (vain) qu’un rétablissement des souverainetés nationales permettra de protéger les citoyens d’une concurrence perçue comme déloyale. Pourtant, celle-ci n’est le plus souvent que la conséquence inévitable de la mondialisation qui accroît irréversiblement l’interdépendance, phénomène qu’il convient d’appréhender avec humanité et détermination. Cela nécessite un changement profond des mentalités et de la gouvernance mondiale ; il devient impératif d’accompagner les « perdants » de cette mutation sans pour autant priver l’ensemble de la planète des bienfaits incontestables des innovations qui conditionnent la possibilité de surmonter les défis considérables qui se profilent (démographie, changement climatique, épuisement des matières premières, etc.).

Dans ce contexte d’extrême incertitude, le citoyen déboussolé est invité à se réfugier dans un cocon à l’intérieur duquel il espère être protégé et maîtriser son avenir. Symptomatique de cette démarche sont les promesses d’un avenir meilleur, liées à une « reprise du contrôle » (de quoi ?) au nom de l’idée d’une hypothétique « souveraineté nationale ». Cette dérive est évidente aussi bien dans la problématique du Brexit que dans la remise en cause de l’Union Européenne dans les élections françaises ou par les programmes des mouvements nationalistes en Italie, Pologne, Hongrie etc.

Or, pour l’Europe, plutôt que de se perdre dans les méandres d’une négociation sur le Brexit dont l’issue dépend essentiellement, pour les deux parties, de la survie de l’UE elle-même, la seule réponse qui vaille est de poursuivre prioritairement son intégration pour se donner les outils et les pouvoirs nécessaires pour faire face de manière constructive aux défis existentiels de la mondialisation. L’échec d’une solidarité « fédérale » propre à l’Europe ne peut que déboucher, à plus ou moins courte échéance, sur son démantèlement et une crise financière planétaire. Elle rendrait caduque toute négociation du type « Brexit », et effacerait dans la foulée, les bienfaits de 60 années sans conflits armés sur son territoire et ferait régresser les importants acquis économiques et sociaux qu’elle a suscité.

Dans le même ordre d’idées, il convient d’épingler les dangers causés par l’inaction de la communauté internationale devant les atrocités commises en Syrie, exposées dans toute leur horreur par les médias et les réseaux sociaux. Ainsi, une fois de plus, est démontrée les difficultés de transcender les égoïsmes nationaux, bafouant au passage les principes pour lesquels nos aïeux ont, il y a à peine un siècle, consenti tant de sacrifices pour assurer notre propre bien-être. Notre lâcheté collective pèsera encore bien plus lourdement que les dettes accumulées, sur les épaules de nos enfants et petits-enfants.

Il est hasardeux de prédire quel sera l’évènement équivalent à l’« attentat de Sarajevo » en 1914, mais il est évident que nous nous sommes embarqués sur une voie où son avènement devient aussi prévisible que de plus en plus inévitable. Pouvons-nous nous satisfaire simplement d’un nouveau livre d’histoire décrivant les « Nouveaux Somnambules » ?

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