A quelques jours du deuxième tour de l’élection présidentielle française, Marine Le Pen cherche désespérément à se débarrasser de son image de fossoyeur de l’€ et de l’Union Européenne. Le traitement de cette problématique particulièrement complexe, où l’émotion l’emporte trop souvent sur la rationalité, lui permet de propager impunément des slogans simplistes autant que mensongers, contre lesquels ses adversaires se perdent en explications floues et peu convaincantes ! Pourtant, il n’est pas si difficile de démontrer l’inanité et la mauvaise foi de ses propositions.

Elle entend mener des « négociations » avec ses partenaires pour recouvrer, parmi d’autres revendications, la souveraineté monétaire française. Or, il n’y a rien à négocier car la souveraineté monétaire « nationale » est tout simplement incompatible avec le maintien de l’Euro comme « monnaie de l’Union Européenne ». Transformer l’€ en « monnaie commune », comme la dernière mouture de ses propositions ubuesques le propose, est un leurre car implique que les 18 autres membres de l’Eurozone soient d’accord d’abandonner l’€ et de rétablir leurs « monnaies nationales ». Non seulement aucun autre Membre – ou leur population (comme cela a été prouvé en Grèce) – n’envisage une telle démarche, mais de surcroît, 70% des français semblent s’y opposer aussi !

Il est important de comprendre qu’une « sortie de l’€ » par l’un quelconque de ses principaux partenaires entraînerait automatiquement la fin de la monnaie unique et de l’Union Européenne. Le maintien de frontières ouvertes au sein de l’espace Schengen est aussi une condition incontournable du fonctionnement du marché unique. Le démantèlement de l’Union déclencherait une crise financière d’une amplitude de loin supérieure à celle de 2008 et même à celle des années 1930 à cause du maillage resserré qui s’est développée progressivement entre ses Membres au cours des 60 dernières années.

Cette catastrophe annoncée est très probablement le scénario auquel aspire secrètement le Front National qui profiterait du chaos pour se dédouaner de toute responsabilité et justifier l’instauration d’un régime autoritaire conforme à son ADN profond.

Le discours de Villepinte le 1er Mai contenait quelques perles d’hypocrisie supplémentaires. Marine Le Pen s’est gaussée de la hausse de 4% de la bourse de Paris au lendemain du premier tour qui a placé Macron en tête: ce faisant elle marque un goal contre son équipe car implicitement cela veut dire qu’elle anticipe, en cas de victoire dimanche prochain, une chute significative des marchés. Sera-t-elle de la même ampleur ou (très probablement) nettement supérieure forçant une fermeture des marchés tant des actions que de la dette souveraine des pays de l’Eurozone et l’instauration d’un état d’urgence avec introduction immédiate d’un contrôle des changes et une limitation des retraits bancaires ? Bonnes vacances à tous ! C’est cela que le FN décrit comme la protection des petits épargnants et des retraités !

Quant au procès d’Emmanuel Macron brocardé comme candidat de la finance, elle passe allègrement sous silence que les finances de son parti sont tributaires a) de la Russie de Monsieur Putin (prêt de €9 millions), b) de 500 millions de citoyens européens au travers d’une appropriation illégitime de financements émargeant au budget communautaire (€5millions) et c) du contribuable français qui va payer la facture de sa campagne électorale (comme celle des autres candidats ayant recueilli plus de 5% des suffrages).

Ensuite, dénonçons son enthousiasme pour une « Europe des Nations » où règnerait un esprit de coopération entre pays « libres ». Elle met en exergue le programme Erasmus qui facilite les études d’étudiants à l’étranger, mais, après une dévaluation – mettons de 30% – du nouveau franc français, comment les étudiants pourraient-ils encore s’offrir un tel luxe ? Jeunesse française : ne vous laissez pas voler vos espoirs – comme vos contemporains britanniques – par des promesses oiseuses car l’Union Européenne est le meilleur garant de votre avenir.

Des contradictions de toutes sortes abondent dans le programme du FN dont certaines mesures phares sont conditionnées par une sortie de l’€. Reporter celle-ci à 2018 ou plus tard comme le laisse entendre certains dirigeants du FN est annonciateur d’incertitudes qui seront, comme toujours, lourdement sanctionnées par les marchés ; elles conduisent à la paralysie complète de l’Etat pour plusieurs années alors que l’urgence est aux réformes et à la restauration de la compétitivité pour lutter contre le chômage, la précarité et promouvoir la justice sociale.

Les promesses du Front National sont à mettre sur le même plan que les mensonges proférés par les tenants du Brexit en Grande-Bretagne dont les effets néfastes (en plus d’une perte de valeur immédiate de 20% de la £) commencent seulement à émerger, mais qui, en l’occurrence, resteront largement confinés à l’Angleterre. La mise en œuvre du programme du FN serait encore plus pernicieuse, non seulement pour la France mais pour tous les pays de l’Union et au-delà.

Espérons qu’après l’exemple du Brexit et un rejet raisonné dimanche prochain de l’aventure frontiste, la relance du projet européen proposée par Emmanuel Macron qui s’appuie sur une France forte au sein d’une Union Européenne forte puisse se construire sur des bases démocratiques respectueuses des aspirations et des intérêts de la grande majorité de ses citoyens.