Want create site? Find Free WordPress Themes and plugins.

Sommes-nous les nouveaux Somnambules ?

Dans ce monde déboussolé, les prises de position émotionnelles supplantent de plus en plus souvent les analyses rationnelles. Que ce soit en réaction à une attaque terroriste (Barcelone), vis-à-vis des tweets et déclarations intempestives de Donald Trump (Charlottesville-Corée du Nord), etc., trop souvent, les commentaires exprimés à propos de ces évènements proposent des solutions réductrices qui, aussi sensées qu’elles puissent paraître, ne tiennent pas compte du contexte dans lequel elles seraient appelées à être mise en œuvre.

Ainsi, sur la question européenne, si un consensus sur la valeur ajoutée d’une approche conjointe dans les domaines du climat et de l’environnement, de la lutte anti-terroriste, de la défense semble se dégager, par contre, des visions « souverainistes » et « fédéralistes » s’affrontent encore violemment en matière d’immigration, du contrôle des frontières, de la régulation/gestion économique et monétaire, de politique étrangère, etc. Or, si les visions « fédéralistes » sont parfaitement compatibles avec une gestion politique commune des premières, celles des défenseurs de la primauté de la « souveraineté nationale » ne le sont pas.

Un débat récent entre économistes « chevronnés » sur LCI illustrait parfaitement ce point : décortiquant le programme du Président Macron, un des intervenants soutenait qu’il était urgent et possible(!) de rétablir un taux de croissance de l’ordre de 4% pour rendre soutenables à la fois la pression des prestations sociales et le niveau de la dette. Il préconisait une « relance », copiée sur celle des Etats-Unis après la crise, faisant (temporairement ?) fi des règles budgétaires européennes; en outre, la maîtrise du taux de change serait un élément complémentaire indispensable pour rétablir la « compétitivité » de l’économie française et éviter une « casse sociale » résultant d’un ajustement exclusivement basé sur une « dévaluation interne ». A aucun moment, cet expert n’a mentionné que reprendre le contrôle du taux de change impliquait une sortie de la monnaie unique. A ma connaissance, cette position n’est défendue que par le Front National et la France Insoumise et a été rejetée catégoriquement par l’électeur lors des derniers scrutins. Laissé sans contradictions par ses pairs, il n’est pas surprenant qu’un téléspectateur non averti avale ce discours comme parole d’évangile et permette aux sirènes du « protectionnisme national » de propager leurs chimères mortifères.

Des raisonnements du même type peuvent être faits en matière du contrôle de l’immigration, où un régime purement « national » est incompatible avec la liberté de circulation et implique le rétablissement d’un contrôle minutieux des frontières intérieures de l’Union. Celui-ci entraverait gravement les déplacements échanges commerciaux et sonnerait le glas du marché unique (et de l’UE), comme l’illustre la complexité des négociations entourant le « Brexit » sur ces sujets.

En matière de défense, une répartition équitable du financement et une intégration des moyens militaires sont indispensables pour doter les peuples européens d’une indépendance suffisante, capable de garantir leur sécurité. Cela est d’autant plus important que l’imprévisibilité de la position américaine, incarnée par son Président, nous oblige, soit à prendre (enfin !) en main notre destin, soit à « prier » pour son remplacement. La deuxième option fait courir à l’Europe un risque inacceptable et, maintenant que le doute s’est installé, un retour à la dépendance exclusive du parapluie américain est devenu impensable.

La solidarité intra-européenne est donc devenue une nécessité existentielle pour assurer la pérennité de nos valeurs, de notre mode de vie et de notre sécurité. Cette solidarité ne pourra se construire qu’au sein d’un ensemble respectueux de règles communes qui, loin d’être imposées par la force, représentent un consensus librement accepté en fonction des circonstances. Ce cadre commun doit intégrer l’ensemble des « pouvoirs régaliens » tout en laissant une place aussi large que possible au principe de subsidiarité ; il doit en même temps viser à assurer plus de justice sociale et lutter contre les inégalités criantes qui continuent à se creuser. Le choix offert aux citoyens n’est donc pas – comme on le prétend au nom d’un soi-disant pragmatisme de bon aloi – entre plus ou moins d’Europe, mais entre une Europe intégrée, protectrice et ouverte sur le monde, et l’exercice d’une souveraineté nationale illusoire inadaptée à une planète connectée et globalisée.

L’immédiateté de l’actualité empêche trop souvent une nécessaire prise de recul pour agir dans des domaines qui sont intrinsèquement très complexes et en général interconnectés. Aiguillonnées par les médias et réseaux sociaux omniprésents et peu discriminants, les autorités donnent (ou se donnent) l’illusion de réagir en parant au plus pressé, ce qui revient le plus souvent à privilégier des intérêts (électoraux) partisans et/ou nationaux au détriment de l’intérêt général. Passant ainsi d’une crise à l’autre dans une fébrilité croissante, une vue d’ensemble et de long terme fait cruellement défaut. Cela prépare inconsciemment un avenir très douloureux car, comme les somnambules, on se réveillera précisément là où on ne voulait surtout pas aller !

Bruxelles, le 19 août 2017

Directeur, Commission Européenne (e.r.) ; Membre du Membre du « Comité des sages » de Stand Up for Europe.
Paul N. Goldschmidt

Did you find apk for android? You can find new Free Android Games and apps.